mardi 28 juillet 2015

Rêve : "Le gouffre sous la maison"

Lundi 27 juillet 2015

Extrait du livre du livre
"Sagesse du Féminin" (2014)
de Lily Jattiot

Marthe est une belle femme d'une cinquantaine d'années quand elle vient me voir.
Elle a été prof de lettres, elle est mariée et mère de trois enfants.
Avec son mari, elle suit un enseignement spirituel depuis plusieurs années, 
sous la direction d'un maître indien, qui est sur une voie 
de la connaissance et de la conscience claire,
une voie d'esprit plutôt masculin.

Heureuse dans son couple, elle cherche néanmoins 
une manière qui lui soit propre de voir et de sentir les choses; 
elle ne souhaite pas rester dans un couple fusionnel, 
et même si elle préserve le lien, 
elle poursuit la voie de son individuation.
L'enseignement spirituel qu'elle reçoit, 
tout en lui convenant bien et en la nourrissant, 
demeure pour elle très masculin; 
il lui manque quelque chose. 
Elle avait déjà éprouvé ce sentiment lors de ses études en fac 
et dans sa profession au sein de l'éducation nationale. 
Se tournant vers un enseignement d'origine indienne, 
elle pensait combler cette faille 
mais n'y est toutefois pas tout à fait parvenue.




Voici son rêve :

J'habite dans une maison dont la cave communique
avec une grotte très profonde, pleine d'eau.
Les murs du sous-sol sont en béton, sauf un,
en belles pierres sèches avec un trou rectangulaire,
toujours ouvert, sans fenêtre, sur le gouffre.
Même en éclairant la cave, on ne peut que deviner
les parois rocheuses du gouffre, très grand et circulaire.

Je suis avec mon mari et je regarde le trou.
Je voudrais aller l'explorer à la nage mais il me dit que je suis folle :
je vais attraper la mort ou être aspirée par la rivière souterraine
qui alimente le lac de la grotte.

A la perpendiculaire de la fenêtre de notre cave,
il y a un autre trou rectangulaire identique
et un couple de petits vieux qui habite la maison mitoyenne.
La petite vieille toute mince, en maillot de bain de piscine,
bonnet et lunettes, monte sur le rebord de la fenêtre et,
encouragée par son mari, plonge.
On ne voit rien, on n'entend rien.
Mon mari me dit : "Tu vois, je te l'avais bien dit !"
Et moi, j'attends, persuadée qu'elle va revenir.

Je m'absente deux minutes et quand je reviens,
le gouffre est devenu une grande piscine naturelle
ornée de carreaux de couleurs,
qui a toujours la forme ronde et irrégulière du gouffre.
La lumière entre à flots
par une ouverture là-haut qui donne sur le ciel.
Il n'y a pas d'eau dans le bassin
et la petite vieille est rentrée chez elle à pied.
.
Rêve de Marthe
(p 183, 184)
.




14 commentaires:

  1. Ce rêve suggère peut-être que la rêveuse n’est pas encore parvenue à nouer avec son masculin intérieur, avec son animus figuré par son mari, une relation telle que l’animus puisse jouer pleinement son rôle d’intercesseur entre le conscient et l’inconscient en lui permettant de descendre dans la profondeur du gouffre intérieur, dans les couches plus profondes de l’inconscient.
    Le couple plus âgé représenterait alors ce que permet à une femme une relation plus mûre entre elle et son homme intérieur, ce couple mûr montrerait ce qui serait le fruit à venir de la relation cultivée et réussie d’une femme avec son homme intérieur, avec son animus.

    On reconnaîtrait bien dans cet exemple la fonction prospective du rêve :

    1- Voilà ce qu’il en est aujourd’hui : tu ne ne peux pas descendre explorer ces profondeurs intérieures qui t’attirent.
    2 - Lorsque la relation aura mûri, ton homme intérieur soutiendra ton goût et ton désir pour cette exploration et découverte, faite sans "s’y noyer", comme l’indique le retour paisible à pied sec.

    Amezeg

    RépondreSupprimer
  2. Oui, c'est ce que je vois aussi...
    Une "relation" avec son (le) masculin en pleine évolution... !
    Et c'est une évolution qui a des chances d'être positive...
    (voir article suivant).

    Merci Amezeg pour tes réactions et tes interprétations toujours judicieuses et pleines de finesse...:-)

    RépondreSupprimer
  3. La nécessité d’une bonne relation entre masculin et féminin au sein de chaque individu, homme ou femme, pour vivre en bonne harmonie avec soi-même et avec le monde n’est pas une nouveauté récemment découverte... Les taoïstes, par exemple, le savaient déjà il y a bien longtemps, et bien d’autres traditions très anciennes le savaient aussi, je crois.
    La nouveauté de notre temps est sans doute dans l’urgence d’une reconnaissance accrue du Féminin de l’être qui rééquilibrerait un monde écrasé et menacé par une hégémonie perverse des valeurs du Masculin de l’être, aussi bien chez/pour l’homme que chez/pour la femme.

    La rêveuse qui se défie d’une voie spirituelle d’esprit trop masculin semble bien être encouragée par ce rêve – ce qui peut à première vue paraître paradoxal – à cultiver la bonne relation avec l’esprit masculin en elle, la bonne relation avec l’animus, afin de pouvoir avec l’aide et le soutien de l’esprit masculin en elle accéder à sa propre profondeur et à sa propre totalité de femme.

    C’est un rêve qui, à mon avis, aurait pu échoir à une femme d’une époque antérieure à la nôtre, car je crois que ce rêve est principalement et essentiellement adressé à cette rêveuse pour l’encourager à découvrir l’intérêt de cultiver une juste relation avec le masculin en elle afin de progresser vers sa propre individuation.
    Qu’on en déduise beaucoup d’autres choses d’ordre plus collectif me semble relever davantage du désir d’y voir ces choses que du contenu concret et du sens du rêve lui-même.
    Sans oublier que les changemts collectifs sont toujours le fruit de changements individuels, et sans exclure absolument que je puisse me tromper à propos de la portée collective de ce rêve, bien sûr... :-)

    Amezeg

    RépondreSupprimer
  4. Erratum : Sans oublier que les CHANGEMENTS collectifs sont toujours le fruit de changements individuels......

    Amezeg

    RépondreSupprimer
  5. Oui, je suis bien d'accord que le côté "grand rêve" ne saute pas aux yeux...c'est d'ailleurs pourquoi j'avais juste indiqué "rêve" dans le titre...

    Je comprends ton point de vue...

    Je dois dire aussi que je suis intriguée par la fin, et notamment par ce "manque d'eau" qui clôt le rêve...je ne sais trop qu'en penser...
    La piscine éclairée et ses carreaux pourrait évoquer un lieu plus "sécurisé" que le gouffre obscur...mais le fait qu'il n'y ait plus d'eau me perturbe...!

    RépondreSupprimer
  6. Ce bassin à sec de la fin du rêve avait également attiré mon attention.
    On peut imaginer, c’est une hypothèse possible, que l’exploration des eaux profondes pratiquée dans de bonnes conditions - c’est à dire avec l’accord et l’encouragement de l’animus intercesseur qu’est ici le mari du couple âgé - "apprivoise le gouffre", le rend moins "inhumain", moins sombre et inquiétant : il s’humanise en prenant l’apparence d’un bassin de bain désormais coloré comme la vie aux mille couleurs, recevant la "lumière d’en haut", lumière de la conscience peut-être.
    Les eaux y reviennent peut-être alors très opportunément remplir le bassin, paisiblement plutôt qu’avec la violence et le danger d’un courant souterrain qui peut emporter celui ou celle qui s’y aventure malencontreusement. Chaque bain dans le bassin à nouveau rempli permettrait peut-être à la baigneuse d’intégrer à la conscience les contenus inconscients correspondant à ces nouvelles eaux emplissant le bassin. L’intégration vide le bassin des eaux/contenus inconscients intégrés.
    On peut penser, par exemple, à la façon dont la suite des eaux du rêve remplit successivement, nuit après nuit, le "bassin" d’une personne qui prête régulièrement attention à ses rêves et les prend véritablement en compte.

    Amezeg

    RépondreSupprimer
  7. Oui...pourquoi pas ?

    Dans mes rêves personnels (j'ai rêvé plusieurs fois de plongeon dans l'eau)...la piscine représente en général quelque chose de délimité, de fermé...(émotions, sentiments ou inconscient...personnels), et la mer ou quelque chose de plus vaste...comme l'eau de ce gouffre dans lequel passe une rivière...l'inconscient collectif...

    Là, on aurait une piscine et un bassin "ouverts", alors ?
    Qui pourrait se remplir et se vider...mais qui serait plus "sûr" que le gouffre obscur...(c'est ce que je comprends de tes propos).
    Et la lumière qui y pénètre signifierait qu'un travail de prise de conscience a été fait...suffisamment pour "éclairer" en partie l'obscurité...?

    Mais je me suis aussi demandé si le manque d'eau ne pouvait pas être un "assèchement"...(provoqué par un enseignement spirituel "masculin" qui mettrait un peu trop l'accent sur la "lumière de la conscience"...et pas assez sur le "mystère de l'obscur", sur le "mystère des eaux profondes"...propre au féminin...mystère qui paraît toujours "dangereux" aux yeux du masculin ?)

    Dans ce cas, la fin du rêve serait moins "optimiste" que ce qu'en dit l'auteure...

    RépondreSupprimer
  8. « Là, on aurait une piscine et un bassin "ouverts", alors ?
    Qui pourrait se remplir et se vider...mais qui serait plus "sûr" que le gouffre obscur...(c'est ce que je comprends de tes propos).
    Et la lumière qui y pénètre signifierait qu'un travail de prise de conscience a été fait...suffisamment pour "éclairer" en partie l'obscurité...? »
    me demandes-tu, chère Licorne, et je saisis donc la plume à peindre les détails pour tenter de te répondre... ;-)

    De même qu’on peut voir dans les contes de fées le monstre se transformer en animal ou en chose utile et secourable dans sa quête au héros qui a su aborder ce monstre de la juste façon, on voit sans doute ici "le monstre gouffre obscur des eaux intérieures profondes" se transformer en bassin aménagé pour la baignade (« le gouffre est devenu une grande piscine naturelle ornée de carreaux de couleurs,qui a toujours la forme ronde et irrégulière du gouffre. », dit le récit du rêve). L’inconnu, l’inconscient semble ainsi manifester une bonne volonté à devenir connu, à devenir conscient pour celui ou pour celle qui l’aborde de la juste manière, sans vouloir brûler les étapes...

    La piscine à sec évoque aussi pour moi un type de petite pêcherie côtière très ancien que l’on nomme « gored » * en Basse-Bretagne. Il s’agit d’un bassin formé par l’élévation d’un muret de pierres sèches sur l’estran plus ou moins pentu. Les poissons y pénétrent avec le flot montant de la marée et y restent pris derriére le muret à l’intérieur du bassin lorsque le flot se retire, lorsque descend la marée.
    La piscine colorée et éclairée du rêve n’est-elle pas une sorte de pêcherie permettant à la femme âgée de venir y prendre les poissons de sa mer intérieure et de s’en nourrir, dans la lumière de la conscience, à chaque mouvement de la marée de l’inconscient en elle ?

    Amezeg

    * voir ici, par exemple : http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/brehat/Geoviewer/Data/html/IA22015714.html

    RépondreSupprimer
  9. "De même qu’on peut voir dans les contes de fées le monstre se transformer en animal ou en chose utile et secourable dans sa quête au héros qui a su aborder ce monstre de la juste façon, on voit sans doute ici "le monstre gouffre obscur des eaux intérieures profondes" se transformer en bassin aménagé pour la baignade (« le gouffre est devenu une grande piscine naturelle ornée de carreaux de couleurs,qui a toujours la forme ronde et irrégulière du gouffre. », dit le récit du rêve). L’inconnu, l’inconscient semble ainsi manifester une bonne volonté à devenir connu, à devenir conscient pour celui ou pour celle qui l’aborde de la juste manière, sans vouloir brûler les étapes..."

    Mouais...oui.

    Mais je ne sais pourquoi, ce "bassin carrelé" ne m'évoque pas une "pêche abondante"...;-)
    Plutôt une piscine au chlore qui se révèle sans grande surprise...

    Plus de risques vitaux...plus de "monstres des grands fonds"...mais plus trop de poissons non plus...
    J'ai dans l'idée que la petite vieille, avec son bonnet et ses lunettes, ne risque plus, certes, "d'attraper la mort"...mais elle court le risque de ne pas "attraper la vie" non plus... ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors, nos façons respectives de comprendre* ce rêve diffèrent beaucoup l’une de l’autre...

      Les piscines carrelées de faïence colorées existent depuis l’antiquité, leurs eaux n’étaient pas chlorées, et cette piscine qui conserve la forme du gouffre (comme le précise le récit du rêve) me semble en conserver aussi la nature essentielle de lieu de contact et d'échange avec les eaux de la profondeur intérieure.

      Les lunettes de la femme âgée lui permettent d’avoir une vision nette dans l’eau comme elles le permettent aux explorateurs et pêcheurs sous-marins chevronnés.
      Quant au bonnet qu’elle porte, il me rappelle le commentaire du trait supérieur de l’hexagramme 64 du Yi King, Wei Tsi / Avant l'Accomplissement * * :

      « Un neuf en haut signifie :
      En pleine confiance on boit du vin.
      Pas de blâme. Mais si l'on se mouille la tête, on la perd, en vérité.
      Avant l'accomplissement, au seuil des temps nouveaux, l'homme se trouve réuni en pleine confiance mutuelle avec les siens et passe en buvant joyeusement le temps de l'attente. Comme l'ère nouvelle est à la porte, il n'y a pas là de sujet de blâme. On doit seulement veiller à garder la juste mesure. Mais si l'on se laisse aller à l'ivresse, on perd par sa démesure ce que la situation avait de favorable. »
      L’ivresse des profondeurs (intérieures) n’est-elle pas à redouter et à éviter par l’exploratrice avisée... ? :-)

      Amezeg

      * Avec le peu d’éléments dont nous disposons pour le faire puisque nous ne connaissons pas personnellement la rêveuse...

      * * voir ici : http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&lang=fr&no=64

      Supprimer
    2. Je ne sais pas, Amezeg, si nous différons dans nos interprétations...la mienne n'étant pas encore "arrêtée"...j'en suis juste au stade des questions.
      Disons que je teste la solidité de celle que nous avons...;-)

      J'écoute ce que dit Lily Jattiot, j'écoute ce que tu dis...je regarde certains détails qui ne me paraissent pas trop "concorder"... et j'essaie de me faire ma propre idée.

      Pour l'instant, j'ai encore "la tête dans l'eau"...:-)

      Supprimer
    3. Bon..., pour ma part je baigne innocemment dans l’impression que me donne ce rêve, sans savoir avec une certitude absolue si mes capteurs intimes faussent le jeu ou s’ils sont entièrement fiables, bien que je leur accorde à vrai dire une certaine confiance... :-)

      Amezeg

      Supprimer
  10. Je suis allée visiter le lien, c'est intéressant.
    Je ne connais pas trop ces pêcheries, tu m'apprends des choses...

    Moi, je vis dans une région pleine de grottes, de gouffres...et de lacs souterrains...(beaucoup de spéléologues, par ici...).

    ..ça ressemble plutôt à ça :
    https://www.youtube.com/watch?v=zUvc3Yr54eE

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour la visite du lac Saint Léonard...qui me rappelle par son nom le pays de Léon, au nord du Finistère, et ses habitants que l’on dit "léonards".
      Il y de très nombreux gored en Bretagne, j’ai cliqué sur le premier lien de site venu qui en parlait. En voici un autre qui suivait et parle du gored de Plomarc’h en Douarnenez, tout proche de cuves à salaisons et à fabrication de "garum", condiment à base de poisson très apprécié des romains et gallo-romains :
      http://www.sahpl.asso.fr/site_sahpl/Maz%C3%A9as_Les_%C3%A9tablissements_romains_des_Plomarc%27h.pdf

      Amezeg

      Supprimer