mercredi 7 octobre 2015

Visions de Jung

Mercredi  7 octobre 2015



Au début de l'année 1944, je me fracturai le pied
et peu après j'eus un infarctus cardiaque.

En état d'inconscience, j'eus des délires et des visions;
ils doivent avoir commencé alors qu'en danger de mort
on m'administrait de l'oxygène et du camphre.
Les images avaient une telle violence
que j'en conclus moi-même que j'étais tout près de mourir.
Mon infirmière me dit plus tard  :
"Vous étiez comme entouré d'un halo lumineux !"
 C'est un phénomène qu'elle avait parfois observé chez les mourants.
J'avais atteint la limite extrême et ne sais si c'était rêve ou extase.
Quoi qu'il en soit, des choses fort étranges pour moi
commencèrent à se dérouler.

Je croyais être très haut dans l'espace cosmique.
Bien loin au-dessous de moi, j'apercevais la sphère terrestre
baignée d'une merveilleuse lumière bleue,
je voyais la mer d'un bleu profond et les continents.

Tout en bas, sous mes pieds, était Ceylan
et devant moi s'étendait le subcontinent indien.
Mon champ visuel n'embrassait pas la terre entière,
mais sa forme sphérique était nettement perceptible
et ses contours brillaient comme de l'argent
à travers la merveilleuse lumière bleue.

A certains endroits, la sphère terrestre semblait colorée
ou tachée de vert foncé comme de l'argent oxydé.
"A gauche" dans le lointain, une large étendue -
le désert rouge-jaune de l'Arabie.
C'était comme si là-bas,
l'argent de la terre avait pris une teinte rougeâtre.

 Puis ce fut la mer Rouge et bien loin derrière
-comme à l'angle supérieur gauche d'une carte -
je pus encore percevoir un coin de la méditerranée.
Mon regard était surtout tourné dans cette direction,
tout le reste semblait imprécis.
Evidemment, je voyais aussi
les sommets enneigés de l'Himalaya,
mais tout y était brumeux et nuageux.
Je ne regardais pas "à droite".
Je savais que j'étais en train de quitter la terre.

Plus tard, je me suis renseigné et j'ai demandé
à quelle distance de la terre on devrait se trouver
pour embrasser une vue d'une telle ampleur :
environ mille cinq cent kilomètres !
Le spectacle de la terre vu de cette hauteur
était ce que j'avais vécu 
de plus merveilleux et de plus féerique.
(...)

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C. G. Jung
"Ma vie"
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