dimanche 19 novembre 2017

Corps et âme

 
 

 
La synchronicité fait parfois bien les choses. 
Voilà un film qui vient  de sortir...
et qui parle justement  d'un rêve "partagé"...
(deux personnes font le même rêve au même moment)
.
 
 
 
 
 


vendredi 17 novembre 2017

Rêve partagé



Ce rêve s’est produit au cours de l’hiver 1982.
J’étais à l’époque jeune mariée, et étant canadienne d’origine
nous avions décidé tous deux d’immigrer avec nos rêves et nos espoirs au Québec.
 Le mariage datait de trois ans mais partait déjà à vau-l’eau,
et les difficultés financières qui surgirent dès notre arrivée au Québec
contribuèrent à creuser notre incompréhension mutuelle.
Nous étions à la fois en forte empathie, à la fois en rapports de force perpétuels.
 Au bout d’un an de ce régime, je commençais à songer à rompre les liens,
j’aspirais en fait à retrouver ma liberté et à repartir à zéro.
C’est alors que je fis un rêve. (...)

Je suis dans une petite maison d’une pièce.
Dehors, il fait une tempête de neige monstrueuse.
Soudain on frappe à la porte à coups redoublés.

C’est mon mari. Je ne veux pas qu’il entre car la porte donne directement
sur la tempête de neige (au Québec il y a toujours soit deux portes,
soit un vestibule qui sert de sas entre la maison et dehors).

Là il n’y a aucune protection et je sais que la tempête va s’engouffrer.
Une bataille s’engage alors entre mon mari qui réussit à entrebâiller la porte
de peine et de misère, avec effectivement du vent, de la neige,
de la tourmente qui s’engouffrent,
 et moi qui tant bien que mal m’évertue à la refermer.

Le rêve m’avait frappée comme seuls savent le faire certains rêves.
J’avoue que je ne sais plus si c’est moi qui le racontai alors à mon mari
ou si c’est lui qui entreprit d’en parler.
Toujours est-il que le lendemain il me parla à son tour d’un rêve
qui l’avait troublé et ébranlé durant la nuit.

Il avait rêvé qu’il était dehors dans une tempête de neige,
et qu’il frappait désespérément à la porte d’une petite maison
dans laquelle je me trouvais en me suppliant d’ouvrir
et que je bloquais la porte et l’empêchais d’entrer.

Cette expérience commune nous a beaucoup impressionnés.
Elle n’a cependant pas empêché notre séparation qui se produisit un an plus tard.
Cependant, au-delà de nos propres prises de décisions conscientes,
nous avons pressenti après cette expérience que les êtres humains
étaient probablement beaucoup plus liés que ce que les apparences montrent.

Comment, je ne sais pas, mais je crois que ce jour-là,
 j’ai pour la première fois vraiment pressenti cette immense toile invisible
 qui semble lier les êtres vivants, dans une autre dimension
qui nous échappe au quotidien.

.
.
 
 

 

mercredi 15 novembre 2017

Le pays des rêves

 
  

 
Les rêves en Amazonie
 
En travaillant avec les indigènes (de Colombie) ,
je me suis rendu compte que leur conception des rêves
est totalement différente de la nôtre.

 Pour eux les rêves sont un autre côté de la réalité
 auquel on  peut accéder par les rêves.
Les rêves sont une réalité.

Dans beaucoup de communautés,
les rêves sont une partie fondamentale
de la vie et de l’identité.
La première chose qu’ils font quand ils se réveillent,
c’est raconter leurs rêves

Les rêves sont le guide de la réalité.
Les rêves nous permettent de comprendre le monde
nous donnent les clés pour exister.
.
Réalisateur du film 
"L'étreinte du serpent"
.
 
 

 
 
 

mardi 14 novembre 2017

Les Kanak et les rêves

 
 
 
Chez les Kanak (de Ponérihouen, mais pas seulement),
comme dans bien d’autres sociétés, on ne rêve pas tant pour soi
que pour les autres, pour la communauté – la famille, le clan…
 
 Les rêves sont alors tout à la fois récits et représentations,
liens entre le monde des êtres vivants et des défunts,
ancêtres et esprits de toutes sortes,
entre le monde sur terre dit görö-puu et l’au-delà,
ité mûûrû (litt. « les choses d’ailleurs »).
sont donc pour les vivants un moyen de communication inégalé
 avec le monde invisible des morts et des esprits.
 
Durant le sommeil, il est courant de dire que l’esprit nyûââ
quitte le corps de l’endormi pour aller « voyager »
et c’est pour cela que le sens commun kanak impose
de ne jamais réveiller brutalement quelqu’un qui dort,
de peur que son esprit n’ait pas eu le temps de réintégrer le corps,
ce qui aurait pour conséquence une dissociation du corps et de l’esprit
 (ko en ajië, nyûââ en paicî).
 
En cela, le rêve est alors un voyage hors du corps pendant le sommeil.
Variées sont les histoires racontées de génération en génération
 à propos de ces « voyages nocturnes » de l’esprit des uns et des autres,
 allant par exemple rendre visite aux engagés kanak
dans les tranchées durant la Guerre de 14-18
pour ramener aux familles restées au pays des nouvelles de leurs soldats.
Nombre d’entre eux ont en effet relaté à leur retour au pays une fois la guerre finie
 qu’ils avaient reçu la visite de tel ou tel et, notamment pour les Paicî, de Dwi Pwiridua,
 célèbre à plus d’un titre, en raison des tours qu’il aimait à jouer aux colons blancs
de la région de Ponérihouen et de Houaïlou.
 
Ce voyage de l’esprit, autre forme du rêve, est à rapprocher également
 des déambulations nocturnes de certains.
Fritz Sarasin notait déjà en son temps que :  
 
« Le rêve est pour les indigènes une réalité ;
c’est pourquoi il joue un rôle décisif .
Il est l’expérience de la séparation de l’âme et du corps,
comme chez d’autres peuples premiers .
 Dans le rêve, on peut aller vers le pays des morts,
rencontrer des parents morts et apprendre d’eux
 nombre de choses normalement cachées. »
 
(...)
 
L’importance des rêves dans la société kanak est toujours actuelle.
À tel point que dernièrement, un doctorant kanak
eut recours à l’analyse de ses rêves pour justifier son parcours
dans son avant-propos de thèse :
« Pour en finir avec les outils de la psychologie analytique, le rêve constitue une autre forme d’expression de l’inconscient faisant sens dans mon parcours. […] Toujours est-il que, dans l’environnement culturel où j’ai vécu, le rêve est parfaitement intégré aux échanges ordinaires entre individus. Rapporter son rêve dans une conversation est une pratique courante pour quiconque ressent le besoin de le partager. Qu’un événement grave survienne et d’aucuns se mettent à raconter les rêves annonciateurs qu’ils avaient faits plus tôt. Sans tenir compte de cette exagération universellement répandue, reste que le “rêve livre toujours une parcelle de vérité”.
Quand C.G. Jung analyse des séries de rêves, il les assimile
à des “maillons visibles d’une chaîne d’événements inconscients”
existe selon lui une continuité dans la suite des processus inconscients,
de même qu’il existe une continuité dans le conscient,
abstraction faite des périodes de sommeil.
 Nous allons voir comment le rêve fait sens dans mon parcours
et dessine ce continuum de l’inconscient par des mises en lien avec d’autres rêves,
l’expérience archétypique et les phénomènes de synchronicité. »

Ainsi, dans le point 3 de son avant-propos intitulé « l’expérience du rêve »,
 il retrace son parcours en rapportant un rêve personnel :
« Nous sommes au début de l’année universitaire 2002. Je décroche in extremis une inscription en thèse grâce au soutien de mes encadrants et celui de l’historien Alain Saussol. Ce moment est difficile car je découvre la réalité du quasi sacerdoce du doctorant. À cela s’ajoute un autre événement dont l’approche me partageait entre appréhension et réjouissance. Réjouissance pour le mariage de ma sœur dans la tribu de Tibarama sur la côte Est de l’île à Poindimié. Appréhension, car j’allais retrouver les miens après deux ans d’absence, deux années durant lesquelles j’étais avec eux en rupture implicite. À l’époque, ma réflexion critique sur le développement des tribus kanak, formalisée dans un travail académique de dea, n’avait pour ainsi dire, jamais fait l’épreuve du terrain. En d’autres termes, j’ignorais à peu près tout des transformations concrètes qu’il induisait, en particulier sur le territoire et l’environnement de ma tribu. Environ deux mois avant mon retour prévu en décembre 2002, je fais un rêve étrange
Nous faisons tous ce genre de rêve qui nous marque au point où on y pense plusieurs jours de suite. En voici le récit : 
“Je cours dans la forêt de Tiati, poursuivi par deux porcs, l’un blanc et l’autre noir. À l’idée d’être dévoré par ces deux animaux affamés, je suis dans un état profond de terreur. Au moment où je perds tout espoir de leur échapper, une force invisible m’arrache du sol en même temps qu’aux crocs de mes poursuivants. Bientôt, je me retrouve à flotter à une cinquantaine de mètres au-dessus de la forêt de Tiati et là, on me demande de regarder en direction du littoral. L’entité qui s’adresse à moi est Scholastique Pidjot, mon arrière-grand-mère décédée depuis 1984, quand j’avais 12 ans. Je ne l’entends pas et ne la vois pas, elle n’a pas de forme dans mon rêve. Sa présence se manifeste comme une sorte d’énergie invisible dont je saisis l’identité et le message par une perception fuyante, combinant les cinq sens courants de l’état de conscience (l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût). En portant mon regard vers le littoral de la tribu, j’aperçois les collines de Tina-sur-Mer. Je les savais lumineuses dans les robes verdoyantes et ambrées dont elles se paraient au gré des saisons. Mais le paysage que je découvre dans mon rêve n’a plus rien de commun avec mes souvenirs d’enfant. Les collines de Tina-sur-Mer sont pelées et la terre mise à nu. Très vite, les images que je reçois s’affolent et le spectacle de ce paysage vire à la désolation. De la terre éventrée, je vois sortir des barres de fer et des poutres de béton, un peu comme les fondations d’un immeuble en construction. Cette figure du béton et du métal émergeant d’une terre dépecée se propage de proche en proche gangrenant les espaces verts de la tribu. Elle se dirige vers moi, flottant au-dessus de la vallée de Tiati.”  
À la question de savoir si ce rêve nous mène à la recherche-action de Tiati, on serait d’emblée tenté de répondre par l’affirmative. Sauf qu’au moment où il a lieu, son message n’est pas aussi clair qu’il apparaît aujourd’hui. […] Durant deux jours, je suis amené à sillonner le territoire de la tribu et constate avec amertume l’aménagement du littoral en autoroute. Je remarque aussi l’aménagement des collines de Tina-sur-Mer où plusieurs lotissements ont pris place. Tout semblait correspondre au rêve que j’avais fait à peine deux mois plus tôt. […] Et son message commençait à faire sens à mesure que défilait sous mes yeux ce paysage qu’elle m’avait annoncé en rêve. »
 
Isabelle Leblic 
(Nouvelle-Calédonie)
.
 
 
 
 

lundi 13 novembre 2017

Jung et le Bardo-Thodol, "livre des morts" tibétain





Je suis sûr que quiconque lira ce livre l'esprit ouvert
et s'en laissera pénétrer sans prévention,
s'en trouvera enrichi.
.
 Le monde des dieux et des esprits n'est rien d'autre
que l'inconscient collectif en moi.

Mais pour inverser cette phrase de telle sorte qu'elle dise:
l'inconscient est le monde des dieux et des esprits à l'extérieur de moi,
il ne faut aucune acrobatie intellectuelle, mais toute une vie humaine,
peut-être même une pluralité de vies.
.




samedi 11 novembre 2017

Rêves et états post-mortem

Samedi 11 novembre 2017
 
 
(suite du texte précédent)
 
Ces rêves des anciens, ces vagabondages en esprit s'apparentent beaucoup
aux phénomènes de "sortie hors du corps"
qui peuvent prendre des formes multiples.
 (...)
...après un bref évanouissement, une perte de conscience,
on se réveille hors de son enveloppe physique.
Nous sommes dans un corps plus subtil, le "corps de rêve",
 que les Tibétains nomment le "corps de bardo",
 dans lequel nous expérimentons pleinement la pensée, la mémoire, les émotions,
 bien que nous soyons hors de notre vêtement physique.
 
Une fois dédoublés, nous avons deux possibilités :
Soit nous demeurons dans l'univers que nous percevons habituellement.
 Nous pouvons nous promener dans une rue, visiter des amis...etc.
 
(Soit) nous pouvons être emporté  dans un rêve lucide toujours étrange,
 parfois paradisiaque, d'autres fois cauchemardesque.
 (...)
 
Ces deux aspects de l'état de dédoublement sont aussi
 les deux conditions posthumes de l'être humain.
 
D'après le Rig-Veda, après la mort,
l'âme rôde autour des lieux qui lui étaient familiers,
 pendant quelques jours ou quelques mois.
C'est pour cela que l'on offre des sacrifices,
 que l'on effectue des rituels en l'honneur du mort.
 
Puis l'âme monte au ciel pour atteindre le royaume de Yama, le dieu de la mort,
 où elle retrouve ses ancêtres.
Le voyant Raymond Réant décrit un processus similaire.
D'après lui, la personne décédée demeure d'abord
 aux alentours du lieu où elle vivait.
 Elle tente d'entrer en contact , sans succès, avec son entourage.
Puis, elle s'élève, elle change de dimension
et disparaît aux yeux du clairvoyant.
(...)
 
Il y a globalement deux sortes de destinée posthume.
 
Après la séparation définitive d'avec le corps,
 il y a ceux qui sont profondément choqués
et qui demeurent là où ils ont toujours vécu.
 Ils hantent les lieux où ils sont morts.
Ils errent dans un temple, un rocher, un arbre, une pagode...
proche de leur lieu de décès.
Ce sont souvent des personnes qui sont mortes de mort violente.
 (...)
 
Il y a aussi ceux qui partent pour la dimension du songe.
 Ils se retrouvent dans des rêves qui varient
en fonction des croyances collectives de la société
à laquelle l'individu appartient.
 
Car l'esprit est créateur et les états post mortem
sont en grande partie un rêve conscient.
(...)
.
Erik Sablé
"Chamanisme et magie animale"
 
 
 
 

 

jeudi 9 novembre 2017

Le monde subtil du rêve

Jeudi 9 novembre 2017 
 
Le rêve ou le baiser de l'ange (Rodin)
 
(suite du texte précédent)
 
Pour les anciens, le rêve est une entité,
 un dieu qui se nomme Ziquiqou chez les Babyloniens.
 Dans Le Talmud, c'est un archange appelé Baal ha halom.
 En Islam, il (ou plutôt elle, car c'est une femme)
se nomme Sadîqûn.
 
Selon une légende rapportée par Bayhaqui,
une femme avait rêvé qu'un de ses fils tuait l'autre.
Très préoccupée par ce rêve, elle s'endormit à nouveau
et eut une vision du prophète.
Car le prophète vient parfois aider ses fidèles
jusque dans les songes.

Le prophète invoqua l'ange des rêves
et une femme d'une grande beauté lui apparut.
Il lui demanda le sens du rêve fait par la femme.
Mais l'ange lui répondit qu'il n'était pour rien
dans ce rêve particulier.

Alors le prophète invoqua l'ange des "rêves incohérents"
et une femme dénuée de beauté se présenta à lui
et il connut le sens de ce rêve.

 
  
Nous pouvons nous aussi invoquer l'ange du rêve.
le maître de l'écrivain Charles Duits lui avait enseigné une méthode
 pour pénétrer consciemment dans le "royaume du sommeil".
Il fallait invoquer l'ange du rêve qui en était le gardien et demander sa bénédiction.
"Je ne sais moi-même pas pourquoi il en est ainsi, me disait-il.
Je vous transmets ce qui m'a été transmis, voilà tout.
 Et j'ai souvent observé que si l'on omet de s'adresser à l'Ange,
 l'expérience ne marche pas. Pourquoi ? Je n'en ai pas la moindre idée... "
 (Charles Duits)

Ce petit rituel permet de demeurer conscient au sein des rêves,
de se promener dans nos rêves comme nous nous promenons
 dans les allées de la veille.
C'est dans cet univers du rêve lucide qu'habitent les dieux et les ancêtres
et que le chaman vit son initiation.
Pour lui, ce monde est aussi réel que le monde sensible.
 Plus réel même, car plus chargé de pouvoir.
 
 
Il est créateur par rapport au nôtre car il en est la matrice.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il est traditionnellement lié à la lune.
 C'est dans ce monde subtil que le chaman encontre les ancêtres, les dieux,
 les esprits animaux qui les protègent, les femmes-fées qui le guident.
.