jeudi 3 août 2017

L'Enfant intérieur blessé

Jeudi 3 août 2017


Notre voyage commence en explorant la conscience de notre enfant intérieur. 
C’est la base de la guérison, de rentrer chez soi. 

Notre innocence enfantine – notre confiance et notre spontanéité – 
avec laquelle nous sommes tous nés, a été occultée
 à cause des traumas que nous entretenons.

Maintenant, ce que nous trouvons quand nous entrons dans notre vulnérabilité, 
c’est un noyau de peur
– un monde de peurs profondes, de panique et même de terreur.
Nous avons appris depuis tout petit à trouver des moyens pour compenser 
ces peurs profondes bien installées, afin de survivre, 
mais cela ne veut pas dire que ces peurs ont disparu. 
Au contraire, elles se sont installées plus profondément dans notre inconscient.

Notre enfant intérieur blessé a un mental qui a son propre fonctionnement 
et qui est complètement indépendant de celui de l’adulte qui compense. 
Il ou elle vit dans son propre monde, un monde basé sur les expériences 
et les souvenirs de ce passé lointain. 
Il ou elle est encore intensément vivant et influence très fortement le présent.

Dans mon cas, pendant la plus grande partie de ma vie, 
il s’est manifesté inconsciemment, mais très puissamment. 
Je suis maintenant plus conscient de ce qu’il ressent, 
de pourquoi il fait ce qu’il fait, et de comment il fonctionne. 



Explorons le monde de cet enfant blessé.
Au fond de la conscience de l’enfant blessé se trouve la peur 
– une peur non reconnue, et pas acceptée.
La peur elle-même n’est pas le problème. 
C’est notre manque de conscience et d’acceptation de cette peur
qui crée les difficultés. 
On sabote notre créativité, notre estime de nous-même, et nos relations
parce que, caché dans notre inconscient, se trouve un enfant 
qui a perdu sa confiance en lui ou en elle, et dans les autres. 
Un enfant qui a profondément peur et qui a toujours souffert d’être privé d’amour

Cet enfant réagit à partir de cette peur, de cette privation, de ce manque d’amour, 
par de nombreux comportements différents, et inconscients. 
L’agitation, la précipitation avec laquelle la plupart d’entre nous mangeons, 
parlons, agissons et nous maintenons occupés, 
sont quelques-unes des attitudes que montre l’enfant paniqué.
Cela m’a demandé beaucoup de travail avant que l’enfant commence à ressentir, et à regarder avec ses propres yeux. J’ai dû affronter des montagnes de dénis et de protections. Quand j’ai finalement réussi, j’ai pu voir pourquoi j’avais caché tout cela derrière tellement de dénis. J’ai découvert un enfant paniqué, portant tellement de peur, que parfois je me demande comment j’y ai survécu. Comment chacun de nous y survit. 

Mais je vois que je ne suis pas seul à avoir cette sorte de peur. 
Notre enfant intérieur blessé ne connaît aucune méditation
et n’a aucune distance par rapport à ses peurs.

C’est juste que nous avons recouvert ces peurs 
qui a duré toute notre vie. 
Notre comportement, fait de dépendances
n’est rien d’autre qu’un effort pour tenir à distance la peur terrible 
que nous gardons à l’intérieur de nous, et ne rien ressentir.
Pendant des années et des années, j’ai masqué mes peurs et ma vulnérabilité par des compensations. J’étais engagé dans une course à la performance, essayant d’être le meilleur dans tout ce que je faisais ! Maintenant je peux voir que l’enfant intérieur paniqué revenait à la surface durant ces moments de stress et de pression.
 Il réapparaissait quand je pensais que j’allais être en retard quelque part, 
quand j’avais peur de faire quelque chose de mal 
ou quand j’étais sous pression pour essayer de ‘bien’ faire. 

Naturellement, je pensais toujours que je n’avais rien à voir avec le fait d’être paniqué, 
que je n’avais aucune idée d’où cette panique pouvait venir, 
et j’essayais de réprimer mes peurs autant que je le pouvais (avec peu de succès). 
La peur n’était pas quelque chose dont on tenait compte dans les cercles que je fréquentais.

Qu’est-ce que la peur ?
Je peux voir maintenant que ces sortes de situations
étaient juste le sommet de l’iceberg. 
Notre peur va beaucoup plus profond. Elle est intense.

Nous avons des peurs profondes concernant notre survie 
– gagner assez d’argent, être capable d’être indépendant
Nous avons des peurs concernant un éventuel dysfonctionnement sexuel
être insuffisant, impuissant. 
Nous avons des peurs profondes d’être mal aimé,
des peurs d’être rejetéindésirable
Nous avons peur qu’on nous manque de respect,
d’être injurié, ignoré, ridiculisé. 
Nous avons peur d’affronter quelqu’un,
peur de ne pas savoir qui nous sommes. 
Nous avons des peurs concernant le fait de ne pas être 
capable de nous exprimer, d’être insignifiant… 
À un niveau, plus profond, il y a toujours les peurs du vide et de la mort 
qui sont probablement à la base de toutes les autres peurs.

Les peurs de notre être, et les peurs de notre enfant intérieur sont différentes. 
Les peurs de notre être concernent la mort et la dissolution, 
les peurs de notre enfant intérieur concernent plus 
notre participation à la vie de tous les jours.

Nous travaillons sur les quatre peurs basiques de l’enfant intérieur, 
toutes ayant leur origine d’une façon ou d’une autre 
dans le trauma de nos premières années.


Les quatre grosses peurs de l’enfant intérieur blessé :
1. les peurs de pressions, et d’attentes,
2. les peurs de rejet et d’abandon,
3. les peurs de ne pas avoir son espace, d’être incompris ou ignoré,
4. les peurs de maltraitance physique ou énergétique, ou de violation.
J’ai découvert que lorsque j’explore la peur cachée derrière ma capacité d’ouverture et de confiance, j’en trouve toujours une de ces quatre.
Elles se manifestent dans tous les domaines de notre vie, notre sexualité, notre créativité, 
notre affirmation de soi, notre capacité à ressentir, 
et dans notre façon d’être en relation avec les partenaires amoureux, avec les amis, 
les relations diverses et les personnes détenant l’autorité.

Mais au lieu de s’y arrêter et de les ressentir, nous avons l’habitude 
de nous en éloigner par tous les moyens. 
À bien des égards, beaucoup de façons de vivre des Occidentaux 
ne sont qu’une énorme compensation contre l’éventualité de ressentir cette peur. 
Nous évitons de nous occuper de la mort
en nous entourant de tellement de sécurités et de luxe
que l’on n’a pas à ressentir notre vulnérabilité face à l’imprévu.

C’est dans notre culture, cela nous est transmis par nos parents, nos professeurs, 
nos leaders religieux, nos politiciens, toute personne que l’on admire.
Si on avait été élevé dans une atmosphère de grande confiance dans la vie, 
il est très probable que l’on n’aurait pas un tel enfant paniqué à l’intérieur de nous.
Je peux imaginer que si j’avais été élevé dans un environnement profondément spirituel et harmonieux où tout mon conditionnement aurait été nourri par une profonde connexion à l’existence et à la terre, j’aurais appris à ne pas avoir autant de peurs. Mais ce n’est pas ce que j’ai eu, et dans ce domaine, pas ce que la plupart d’entre nous ont connu.
Si nous voulons guérir, nous devons affronter nos peurs – toutes. 
Et la meilleure chose à faire est de commencer avec les peurs de l’enfant blessé.

Nos peurs sont cachées par le déni.
Pour affronter nos peurs nous devons les reconnaître ; 
nous devons admettre qu’elles sont bien là et regarder d’où elles viennent. 
Dans notre conditionnement il n’y a aucune place pour la peur 
– on nous a enseigné de cacher nos peurs

Notre culture ne nous encourage pas à être honnête en ce qui concerne nos peurs, 
pas plus qu’elle ne réalise combien la peur nous a été inculquée. 
De toute façon comment pourrait-on exprimer
ce avec quoi on n’est même pas en contact ?


On l’élimine par des mesures de protection, le déni et l’inconscience, 
cachant notre vulnérabilité sous un masque, car c’est ce dont on a besoin pour survivre.
 D’une façon ou d’une autre, on s’arrange, en prétendant que tout va bien. 
On apprend à se débrouiller. On reste hypnotisé par notre ‘débrouillardise’ sur ce sujet, 
sans reconnaître combien de peur on cache à l’intérieur de nous.
 Tant que nous sommes dans cette hypnose, on se trompe soi-même 
en croyant que c’est moins douloureux de nier la peur 
que de lui permettre de faire surface.

Notre peur nous entraîne dans de plus en plus d’isolement
et habituellement on ne le sait même pas. 
On s’isole parce que l’enfant intérieur vit dans la peur.
Puisque nous sommes si souvent déconnectés de cet enfant effrayé, 
nous nous réfugions dans un mode de survie
où il y a peu ou pas du tout de relation intime.

Ce sont seulement ceux qui ont commencé à explorer leurs ressentis, 
et à faire un travail intérieur, qui découvrent 
qu’ils ont des peurs plus profondes bien cachées, 
à l’intérieur d’eux. 
En général, ce ne fut pas avant qu’on se sépare d’une personne 
que l’on a pu commencer à se connecter
avec l’immensité de nos peurs intérieures.

Notre peur et notre vulnérabilité se tiennent juste
sous la surface de notre mental conscient
toujours prêtes à se réveiller.

Elles peuvent faire surface
lorsqu’on s’autorise à devenir proche de quelqu’un
quand on doit prendre un risquefaire preuve de créativité
ou quand on prend le risque de s’exposer personnellement
Elles se montrent quand on fait quelque chose 
qui nous sort de la routine habituelle
qui nous sort de ce qui est sans danger, du connu. 
L’intimité est peut-être la plus fréquente occasion 
que nous avons d’affronter notre enfant paniqué 
et c’est pourquoi nous l’évitons.

Si nous vivons dans un cocon protecteur, ne libérant jamais notre énergie, 
ne prenant jamais de risques en terrain inconnu, inexploré, 
nous n’aurons jamais à affronter la terrible peur qui se tient cachée en nous. 
Mais alors nous sombrerons dans l’ennui, la frustration et la dépression
Cela demande une certaine clarté et de s’engager, pour sortir du déni
pour arrêter les addictions et ré-expérimenter cet espace.


D’où viennent les peurs ?
Quelques soient les traumatismes émotionnels, physiques, sexuels 
dont nous avons souffert après cela, 
ils ne font que s’ajouter au trauma originel de la naissance

La carence affective et les mauvais traitements 
que nous expérimentons pendant notre enfance 
– le manque d’approbation, d’attention, d’amour, de respect et de soins, 
dont nous avons fait l’expérience d’une façon ou d’une autre – 
est clairement une autre source majeure de notre panique.

Maintenant notre enfant intérieur s’attend toujours – en fait redoute – 
encore davantage de mauvais traitements, et d’abandons.
Nous avons un profond besoin d’être reconnu et que notre survie soit garantie, 
mais ces besoins n’ont pas été satisfaits et nous avons perdu confiance.


Notre besoin d’amour, de protection,
 d’acceptation, de reconnaissance et d’approbation 
– qu’on nous donne des références et des directions – 
et les besoins de tendresse et d’amour inconditionnel,
n’ont pas été satisfaits

Notre enfant intérieur blessé a eu peur de ne pas recevoir ce dont il avait absolument besoin. 
Les chocs subis par notre innocence et notre confiance se sont produits tellement tôt 
qu’il y a une peur basique que nous n’y survivions pas.

Malheureusement, en tant qu’enfant, on n’était pas en position de conclure : 
« Bien, je peux voir que maman et papa ont un réel problème dans ce domaine. 
Ils ne peuvent même pas s’entendre entre eux,
et ils ne semblent pas être très intéressés par moi. 
Et d’abord ils n’auraient pas dû m’avoir. 
C’est évident que je n’obtiendrai pas ce dont j’ai besoin, ici, 
aussi je pense que ce que je devrais faire c’est tirer ma révérence 
et trouver une situation meilleure. » 
Plus que probablement, n’importe où ailleurs, ç’aurait été pareil ou pire !

Avec la base de carence affective que la plupart d’entre nous avons, 
entrer dans notre vulnérabilité maintenant peut entraîner une grande confusion, 
de la panique, de la peur, du jugement contre soi, un effondrement, 
et parfois une terreur totale. 
Pourquoi ? 
Parce que notre vulnérabilité et notre innocence ont été trahies.
 


Maintenant que j’ai acquis plus de compréhension au sujet de mon extrême vulnérabilité, qui a toujours été enfouie sous des tas d’efforts, je peux apprécier de mieux en mieux les raisons de ma panique. Je peux voir que la peur de l’échec, de la désapprobation, de ne pas remplir les attentes placées en moi par ma famille et ma culture, faisaient remonter de profondes peurs d’être abandonné ; et pour mon enfant intérieur de telles peurs ont dû être dévastatrices. 
La partie de moi la plus consciente ne s’investit plus dans la recherche permanente du succès qui fait partie de mon conditionnement et reconnaît que lorsqu’un partenaire me quitte ou menace de le faire, je peux rester serein. Mais mon enfant intérieur ne sait rien de tout cela. Il démarre toujours au quart de tour et est très impatient.

Et bien au-delà de toutes ces raisons psychologiques de notre panique 
se trouve la raison la plus simple et la plus puissante de toutes 
– la réalisation que nous allons mourir.
On est toujours face à l’insécurité, l’incertitude, et finalement à la mort 
qui est entre les mains de forces qui sont bien au-delà de ce que l’on peut contrôler.
Peu importe le montant de nos assurances et nos systèmes de protection, 
rien ne peut nous protéger de cette peur. 
Et en profondeur, nous le savons. 
Sans une base d’acceptation et de méditation,
tout ce que nous avons c’est de la peur,
 recouverte par des compensations.

Du point de vue de l’enfant, vulnérabilité égale panique 
– la panique d’être abandonné et d’être détruit
C’est seulement le méditant intérieur qui est assez vaste et assez confiant 
pour tenir le coup face à la vulnérabilité, à l’insécurité et à l’imprévisibilité, 
parce que la méditation apporte de la compréhension et de la distance. 


Notre enfant, à l’intérieur, n’a pas ces qualités. 
On doit apporter ces qualités pour guérir l’enfant paniqué. 
On peut alors transformer cette vulnérabilité :
de la panique aller vers l’acceptation.
Mais d’abord, on doit commencer par reconnaître 
cette partie profondément anxieuse qui vit à l’intérieur de nous.

Le premier pas consiste à accepter la peur
La première guérison essentielle de notre co-dépendance 
et de notre enfant blessé vient quand nous pouvons
reconnaître, accepter et donner de l’espace à cette panique. 
Habituellement nous ne faisons pas cela. 

Nous nous enfuyons de notre sentiment de peur :
1. En prétendant qu’il n’existe pas
2. En le repoussant par des compensations
3. En étant une victime, en devenant impatient,
en colère contre l’existence
ou contre toute personne proche de nous, 
pour ne pas avoir à ressentir cette peur et cette panique
4. En remettant à plus tard
5. En jugeant
6. En régressant inconsciemment 
et en essayant de trouver quelqu’un d’autre
 pour prendre soin de notre enfant paniqué.
Cela me demande encore beaucoup de courage pour permettre à ces sentiments de se manifester. Il y a une telle peur que je ne puisse pas y faire face, que je ne sois plus capable de gérer la situation, que je sois jugé faible et impuissant ou que la peur n’ait jamais de fin.
Quand elle arrive, même après tellement de temps consacré au travail sur l’enfant intérieur, 
mon mental rationnel ne comprend toujours pas pourquoi elle doit encore être là 
et il voudrait la voir disparaître
J’ai peur de la ressentir, et peur de la partager. 
Je la juge encore, et je me condamne d’avoir de tels ressentis.

Heureusement mon Soi profond sait qu’il y a beaucoup plus à gagner 
en permettant à ces peurs d’être là, afin que tout ce processus continue à m’emmener 
dans ma profondeur et m’apporte un silence intérieur plus intense.
Il y a toujours une inquiétude, que si l’on admet l’existence de ces peurs 
elles nous dépassent et qu’elles dirigent notre vie. 
C’est pourquoi je m’échappe d’elles.

 Mais j’ai découvert qu’en entrant en elles, cela me rendait plus fort, 
et que j’acquérais davantage de respect de moi. 
Pour leur faire face, nous devons boucher les fuites 
– les façons que l’on a de s’enfuir.
Certaines des plus grosses fuites 
viennent de nos stratégies et de nos attentes.
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