jeudi 19 octobre 2017

Faux réveil et tests de réalité



Un faux réveil c’est faire un rêve
 dans lequel on rêve qu’on se réveille.
Voici un exemple de rêve sur le sujet :
 
Je suis dans un endroit couvert où circulent beaucoup de gens,
le métro je crois, et je réalise que je suis lucide.
Je crie “c’est un rêve!”, mais je suis un peu gênée
car les gens me semblent vrais et mon comportement en public est déplacé.
Deux garçons s’approchent, ils réfutent le fait qu’il s’agit d’un rêve.
Je leur demande s’ils connaissent mon inconscient
et l’un d’entre eux dit oui, je marmonne que j’aimerais bien lui parler.
 L’un d’entre eux à l’air de dire que mon inconscient est plus bas.
 Je le suis dans un escalier.
On arrive à un endroit où se trouve un escalier sans aucune marche
qui va vers le haut, où des personnages s’engouffrent
ce qui les réduit en une poussière colorée. 
 J’hésite mais j’y vais.
D’un seul coup, je perds mon corps de rêve, je vois des couleurs,
 et comme en ombre chinoise mon corps mais je ne sens plus ses limites.
Je vois surtout la couleur rouge.

Je me réveille, et je commence à raconter le rêve dans mon magnétophone.
Je vois alors que mes mains brillent comme si elles étaient couvertes de paillettes,
 il en est de même de plusieurs endroits de ma chambre
et je vois même la forme d’un animal sur mon lit.
 C’est beau et je songe que quelqu’un a dû vouloir me faire une blague.
Quand je me lève  je vois un truc étonnant, la mer tape sur ma vitre.
Je me dis qu’on a déplacé toute la maison au bord de la mer,
 avant de réaliser que non, quelque chose a dû se passer,
une inondation géante, qui a emmené la mer jusque-là.
L’énormité de la chose me fait enfin réaliser
qu’il s’agit d’un faux réveil.
Alors je sors, c’est la nuit.
Je décide de m’envoler vers les étoiles, 
 je vole  jusqu’à ce que le ciel soit étincelant
comme un écran de télévision brouillé,
je vois passer des images fantômes de planètes,
 je me réveille.
 
Même si ce phénomène de faux réveil se produit également dans un rêve ordinaire,
 il est plus particulièrement fréquent durant les rêves lucides.
 
La raison en est simple, le rêveur lucide, conscient qu’il rêve,
garde en arrière-pensée la certitude qu’il va se réveiller prochainement
 et qu’il pourra ainsi noter son rêve.
En rêve lucide,  une certitude se transforme très rapidement en fait,
 c’est l’effet d’attente.
vous êtes certain qu’une chose va se produire, elle se produit.
La trame du rêve change et vous vous retrouvez dans votre lit.
 
De plus, souvent, le rêve lucide précédent semble s’être conclu
ce qui renforce cette certitude qu’un réveil est imminent.
La  transition entre votre rêve et ce réveil étant brutale,
 vous ne doutez pas un seul instant de vous être réveillé.
Cette absence de connaissance de votre situation réelle entraîne une perte de la lucidité.
Dans certains cas, les faux réveils peuvent s’enchaîner les uns à la suite des autres
se révélant particulièrement déstabilisants pour l’onironaute.
 
Le seul moyen d’éviter la perte de lucidité suivant un faux réveil
 est de pratiquer immédiatement un test de réalité (*)
 Il est donc recommandé aux onironautes
de faire un test de réalité à chacun de leurs réveils.
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 (*) Quelques tests de réalité possibles :
Savez-vous où vous étiez il y a dix minutes?
Quel jour de la semaine nous sommes?
Quelle est la dernière fois où vous êtes allés vous coucher?
Arrivez-vous à léviter par la pensée?
Pouvez-vous, simplement en le voulant, décoller du
de quelques centimètres et rester en l’air?
Appuyez vos mains contre un mur en désirant passer au travers, y arrivez-vous ? 
Lisez quelque chose, détournez le regard, relisez-le
le texte a-t-il changé ?
Lisez l’heure sur une montre, détournez le, et lisez l’heure à nouveau,
 l’heure a-t-elle complètement changée?
Eteignez et allumez la lumière, l’interrupteur fonctionne-t-il ?
Regardez-vos mains, sont-elles normales (bon nombre de doigts etc.) ?
Regardez-vous dans un miroir, votre reflet est-il normal ?
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mardi 17 octobre 2017

Entre veille et sommeil : états de conscience

 Mardi 17 octobre 2017

"De la différence entre sommeil et veille on a coutume de faire pour ainsi dire
l'une des quaestiones vexatae posées à la philosophie ..."

Hegel


Le rêve lucide : dire ce qu'il n'est pas pour pouvoir mieux dire ce qu'il est.


On confond souvent le rêve lucide avec le rêve éveillé
en raison de la ressemblance entre les deux expressions.
 Quelle différence entre le rêve éveillé et le rêve lucide ?
A vrai dire, il y a autant de différence entre le rêve éveillé et le rêve lucide
qu'entre le jour et la nuit.

Dans un rêve lucide, on est lucide et on fait l'expérience de l'état de rêve;
dans un rêve éveillé on est éveillé, c'est à dire que l'on fait l'expérience de l'état de veille.
Le rêve éveillé fait référence à une pratique, pour l'essentiel psychothérapeutique,
est une activation de l'imaginaire, dirigée ou non par une tierce personne,
dans un état de relaxation plus ou moins profond,
et dans lequel un lien - même ténu -
est maintenu avec l'état de veille et le monde terrestre.

On pourrait dire que l'état de conscience auquel on fait généralement référence
parlant de rêve éveillé ne possède pas la composante d'ouverture sur un "infini intérieur"
présente dans un rêve totalement lucide
(c'est cette composante qui produit le "rafraîchissement extatique
 caractéristique du rêve lucide")
et qui est liée aux retraits complets des sens
caractéristique du sommeil profond;
création et projection d'un monde, d'un univers.

Même si le rêve éveillé ouvre les portes de l'inconscient personnel et collectif,
il n'a rien avoir avec le rêve lucide qui nous met, en plus,
en contact avec la dimension de l'esprit pur.


Parmi les états que l'on confond très souvent avec le rêve lucide,
figure l'état hypnagogique et l'état hypnopompique, c'est à dire, respectivement,
les états de conscience accompagnés d'images mentales
qui précèdent l'endormissement et le réveil.
Dans ces états intermédiaires, il est généralement possible d'exercer
 un contrôle sur l'imagerie mentale qui émerge spontanément,
 de la modifier, de l'ignorer et de s'enfoncer dans le sommeil ou bien de se réveiller.
Une autre raison, peut-être, pour laquelle on confond ces deux états avec le rêve lucide
 est qu'il peuvent être une passerelle qui conduit à entrer consciemment dans le rêve.
Ils peuvent jouer le rôle d'une sorte de bougie qui nous tiendrait éveillé
 lors de notre cheminement dans le couloir obscur qui sépare l'état de veille de l'état de rêve.
 La transition consciente entre l'état de veille et l'état de rêve
peut être rendue possible par une concentration de l'attention
sur cette imagerie mentale.
 
En effet, le rêve lucide se met en place soit parce que nous avons fait
consciemment la transition vers l'état de rêve
(transition accompagnée de toute sorte de phénomènes étranges
telles la distorsion et la résorption de l'impression du corps)
soit parce que soudain, au coeur du rêve -
pour des raisons sur lesquelles nous allons nous pencher un peu plus loin -
 nous prenons conscience de nous-mêmes en train de rêver.

  Lorsque nous nous réveillons dans la nuit, nous pouvons passer
par ces phases hypnopompiques ou hypnagogiques,
et c'est la raison pour laquelle certains individus ont pensé que les prétendus rêves lucides
n'étaient que des phases de réveil dans la nuit
étaient ensuite rétrospectivement interprétés comme des rêves lucides.

  Ceci nous amène à considérer maintenant certaines catégories de rêve
(et non plus des états de conscience autres que l'état de rêve)
qui présentent certaines caractéristiques étonnantes
mais qui ne sont pas encore le rêve lucide.

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Les rêves pré-lucides sont des rêves dans lesquels le rêveur
a des doutes plus ou moins importants sur son état de conscience
sans pour autant basculer dans la claire reconnaissance que ce qu'il est en train de vivre
un rêve et qu'il est donc en train de rêver à la première personne du présent.
La présomption de base caractéristique du rêve ordinaire, à savoir "tout ceci est réel",
est légérement secouée. Sa conscience réflexive s'éveille,
mais le déclic décisif et illuminatoire ne se produit pas pour autant.
Il se demande s'il n'est pas en train de rêver mais conclut finalement qu'il ne rêve pas
car ce qu'il vit est bien trop réel.
La question de savoir s'il rêve ou pas peut être très clairement posée, certes,
mais la réponse claire qui illuminerait tout le rêve de la lumière de sa conscience ne vient pas.
Cela pourrait être comparé à un moteur de voiture qui commencerait presque à ronronner
alors que nous tournons la clé de contact, mais qui retomberait au point mort;
 ou bien à un briquet qui ne s'allumerait pas
même si l'étincelle produite par la pierre était très prometteuse.

  L'éveil de la faculté critique au coeur du rêve peut être plus ou moins importante,
avant de culminer éventuellement dans le questionnement essentiel
"suis-je en train de rêver ?".

Nous pouvons avoir conscience d'une bizarrerie onirique
après nous être réveillé (dans l'état de veille),
nous pouvons en avoir conscience dans le rêve et être un peu étonné dans le rêve
sans pour autant chercher à l'expliquer et à nous interroger sur notre état de conscience,
nous pouvons chercher à l'expliquer mais parvenir à des conclusions erronées
qui nous détournent de la prise de conscience que nous sommes en train de rêver,
ou bien réaliser que nous sommes en train de rêver en saisissant la perche
que la bizarrerie onirique nous tend pour prendre conscience
que nous sommes dans l'état de rêve.  

Concernant cette gradation de la faculté critique au sein de l'état de rêve,
nous paraît intéressant de citer Olivier Fox qui s'exprime en ces termes sur ce sujet :
"Supposons, par exemple, que dans mon rêve je sois dans un café.
A la table d'à côté se trouverait une dame fort attrayante si elle n'avait quatre yeux.
Voici quelques exemples illustrant les différents niveaux d'expression de cette faculté critique :


  

1. Au cours du rêve, la faculté est pratiquement en sommeil,
mais au réveil j'ai le sentiment qu'il y avait quelque chose d'étrange au sujet de cette dame.
Soudain, j'y suis : "Mais, bien sûr, elle avait quatre yeux !".

  2. Dans le rêve je manifeste une légère surprise et dis :
"Tiens, c'est curieux, cette fille à quatre yeux ! Cela ne l'arrange pas."
comme si je remarquais : "Quel dommage qu'elle ait le nez cassé !
Je me demande comment elle a fait. "

  3. La faculté critique est plus éveillée et les quatre yeux considérés comme anormaux;
mais le phénomène n'est pas apprécié à sa juste mesure.
Je m'écrie " Seigneur !" et me rassure en ajoutant :
" Il doit y avoir un cirque en ville ou une parade de monstres ".
Je frôle ainsi la prise de conscience, sans y parvenir vraiment.

  4. Ma faculté critique est cette fois pleinement éveillée
et refuse catégoriquement de se satisfaire d'une telle explication.
Je poursuis le fil de mes pensées, " Mais un tel monstre n'a jamais existé !
Un adulte avec quatre yeux - c'est impossible.
Je rêve.
[c'est nous qui soulignons]" 


  

Ainsi le rêve pré-lucide est associé à une faculté critique
insuffisamment éveillée ou défaillante dans ses conclusions.
Remarquons que la reconnaissance des bizarreries oniriques
- qui infestent en général le rêve,
et qui font partie du rêve comme les trous d'air font partie du gruyère -
n'est pas la condition sine qua non de l'accès à la lucidité onirique.
Nous pouvons prendre conscience du fait que nous sommes en train de rêver
 simplement parce que nous sommes en train de rêver.
Quoi que nous rêvions, cela signifie tout simplement que nous sommes en train de rêver.
Aussi, il est possible de prendre conscience de soi-même en train de rêver
de manière soudaine et sans cause apparente;
sans passer par l'étonnement face à l'objet onirique insolite.

L'expérience montre toutefois, que la réalisation du fait
que nous sommes en train de rêver -
lorsque cette réalisation se produit après que le rêve ait commencé
(par opposition à une transition qui serait faite consciemment entre l'état de veille et l'état de rêve), après une séquence de rêve ordinaire -
est le plus souvent initiée et amorcée par la conscience d'un élément singulier dans le rêve
 (objet, situation, action, événement, sensation, etc..).


  

Pour continuer notre énumération des phénomènes qui sont, à tort, assimilés au rêve lucide, signalons maintenant une variété très étonnante de rêve :
le rêve de faux réveil.
Un rêve de faux réveil (le réveil étant défini comme le passage de l'état de rêve à l'état de veille)
un rêve au cours duquel le rêveur croit être réveillé
 et rêve une séquence qui se veut être un vécu post-réveil;
le rêveur a le sentiment, dans son rêve, d'avoir émergé du rêve
et d'être maintenant dans l'état de veille.

  Ce type de rêve peut précéder ou suivre un rêve lucide,
le plus souvent il fait suite à des rêves
qui se sont "retransformés" en rêve ordinaire par manque de vigilance.

La chose la plus étonnante avec cette catégorie de rêve
c'est que les faux réveils peuvent s'emboîter les uns dans les autres, en série,
comme des poupées gigognes. 
Il arrive parfois ainsi que quatre ou cinq rêves de faux réveils 
s'enchaînent avec à chaque fois l'impression d'une rupture nette et définitive
(et lorsque un questionnement critique - au sein d'un des niveaux de faux réveil
- voit le jour sur ces réveils qui n'en sont pas vraiment, alors, le rêve lucide n'est pas loin),
à celui qui fait l'expérience de cet enchaînement (qui peut parfois être vécu comme infernal),
une impression d'étrangeté et de légèreté lors du "véritable" réveil dans l'état de veille.

Ce "véritable" réveil est celui dont on est enfin "sûr" même si,
pendant encore au moins quelques minutes, on ne peut pas s'empêcher
se réserver la possibilité d'une nouvelle surprise.
 Le rêve de faux réveil est assez fréquemment composé d'une séquence
dans laquelle on raconte à quelqu'un le rêve duquel on croit s'être réveillé
ou que l'on note sur un carnet onirique ce même rêve.

On peut aussi, parfois, faire l'expérience d'un état intermédiaire dans lequel on a l'impression
d'être parfaitement réveillé sans pour autant réintégrer son corps,
et on vit alors l'impression d'une paralysie pénible
qui peut être dépassée au prix d'un effort intense pour un réveil
qui sera souvent imprégné d'une étrange fatigue.
Cet état, s'il ne débouche pas sur le réveil qui serait en quelque sorte la remontée vers la surface,
 et si on sait le négocier, peut être le véhicule qui nous ouvre, en pleine conscience,
les portes du rêve lucide.

  Les rêves de vol et les rêves d'expériences hors du corps
(à ne pas confondre avec les expériences hors du corps
dotées d'une composante de perception extra-sensorielle que nous ne discuterons pas ici)
sont des rêves dotés en général d'une certaine intensité émotionnelle positive
pouvant posséder un embryon de conscience réflexive,
ce qui peut les faire assimiler à des rêves lucides.


Dans les rêves de vol notamment, le rêveur peut orienter son vol
 et donc exercer un certain contrôle volontaire sur le rêve
sans pour autant être conscient d'être en train de dormir et de rêver.
 Un rêve dans lequel on exerce sa volonté et donc un contrôle plus au moins important
n'est pas nécessairement un rêve lucide;
 et une assimilation entre les deux est souvent faite, à tort.
N'est pas non plus nécessairement lucide un rêve dans lequel le rêveur n'exerce
non pas sa volonté sur le cours du rêve mais l'utilise pour s'auto-observer.

  Nous voudrions dire maintenant que tous les genres particuliers de rêve
que nous venons de décrire ont tendance à voir le jour à partir du moment
où on accorde une attention soutenue à ses rêves et encore plus
si l'on s'exerce en vue du rêve lucide. Ils sont des signes encourageants
 (tout particulièrement les rêves pré-lucides)
 qui nous invitent à poursuivre nos efforts.

  Quant au rêve lucide, nous pouvons maintenant
le cerner avec plus de précision,
et en détailler les caractéristiques.

  Par rêve lucide, pleinement et totalement lucide,
nous entendons un rêve dans lequel le rêveur
(qui est assimilable au penseur conscient
qui dans l'état de veille fait usage des facultés de son intelligence,
la différence que dans l'état de rêve, il y rétraction des cinq sens)
est parfaitement conscient d'être en train de rêver et de dormir,
dans lequel il peut se souvenir de l'endroit dans lequel son corps est endormi,
dans lequel il peut faire usage de toutes les facultés de son esprit,
dans lequel il peut décider de se réveiller à volonté
ou bien au contraire de poursuivre le rêve


Dans un rêve pleinement lucide, la possibilité existe d'être le personnage
auquel on est identifié dans l'état de veille ou d'être quelqu'un d'autre;
la possibilité existe aussi de déplacer son sens de l'identité avec une empathie totale
dans tous les personnages du rêve, d'adopter leur point de vue
et de se glisser dans leur "moi" comme on se glisse dans un combinaison :
s'agit d'une sorte "d'égo-zapping" qui est une expérience difficile à décrire
et qui bien sûr, peut tout aussi bien se produire dans l'état de veille avec des individus "réels"
 que dans l'état de rêve avec des personnages "imaginaires"

  L'irruption de la volonté et de l'intuition au coeur du rêve a pour conséquence
de nous donner la possibilité d'agir délibérément et d'interagir créativement
avec notre environnement et les personnages présents dans nos rêves.
La possibilité d'altérer magiquement le contenu du rêve est également présente
dans des proportions qui varient d'un rêve à un autre et d'un rêveur lucide à un autre.
Certains auteurs affirment qu'il n'est pas souhaitable,
même si cela est peut être possible, d'exercer un contrôle absolu sur le rêve
(une position soutenue par les adeptes avancés du yoga de l'état de rêve).
Ils prétendent notamment que ce serait se couper
de la dimension et des ressources de l'inconscient
 qui sont bien plus sages et bien plus vastes que celles
du "moi" conscient d'un rêveur lucide.
Ce genre de réserve sur la possibilité du rêve lucide tient de l'ignorance
sur ce qu'est le rêve lucide.


Un auteur contemporain qui relate son expérience du rêve lucide écrit à ce sujet :

"Une des objections les plus fréquentes faite à l'encontre du rêve lucide
est que la lucidité diminuera la spontanéité des rêves.
Certains hésitent à interagir avec à leurs rêves
de peur que cela obstrue ou interfère avec la spontanéité des messages de l'inconscient.
Ils ont peur que la lucidité devienne un autre instrument de l'égo
pour réprimer ou minimiser les authentiques messages
que l'inconscient veut délivrer au conscient.
Je pense que cette objection est bien considérée.
Les rêveurs lucides potentiels auront besoin
de confronter et d'explorer cette question en profondeur,
à travers leur expérience personnelle.
En faisant cela, je crois qu'ils découvriront probablement
ce que j'ai moi même découvert : que ce problème était plus théorique que pratique
et que de telles peurs anticipées n'était pas nées de la pratique."

Sur cette réserve émise à propos d'une interférence avec des processus oniriques
qui ne devrait pas être perturbés,
il nous semble intéressant d'apporter deux précisions.
La première est qu'une fois conscient dans le rêve,
la possibilité nous est offerte de nous réapproprier le niveau de conscience
qui a présidé à la création de tel ou tel élément du rêve,
élément (environnement ou personnage) qui peut interagir avec nous
d'une manière qui nous semble être le fruit d'une volonté étrangère à la nôtre.

 Cependant, si on s'ouvre à l'idée que l'instance ultime qui a créé le rêve
est souveraine sur le rêve, on peut alors faire de la lucidité onirique
un tremplin à l'élargissement de notre sens de l'identité,
de notre identité de rêveur lucide.
On peut alors vivre une dilatation du moi,
qui s'accompagne de l'irruption d'un nouveau niveau de conscience,
comportant une part de responsabilité plus grande
et donc aussi de pouvoir et de liberté plus grande.

 

A supposer que cette dynamique de réappropriation du rêve se poursuive à l'infini,
nous coïncidons avec la pure conscience source et le rêve se dissout :
c'est en quelque sorte une expérience mystique et extatique de dissolution du "moi"
 dans la source du rêve, l'union avec un "arrière-plan créateur".
 On pourrait employer l'image d'un ruisseau aux multiples ramifications
 dont la direction d'écoulement s'inverserait et qui,
de résorption des ramifications en résorption des ramifications,
finirait par réintégrer et se fondre dans sa source avec la possibilité
 de se répandre à nouveau vers l'extérieur mais suivant un nouveau tracé d'irrigation.

  Sur un certain plan, cette réappropriation des éléments du rêve par le biais du rêve lucide
est une entreprise qui comprend la perspective de rendre conscient son inconscient personnel
ainsi que de saisir, sur le vif, la manière dont s'est créé
notre sens de l'identité et de la séparation.
La deuxième précision concerne le fait que dans un rêve lucide
l'intuition et l'attention profonde ont tendance à se mettre spontanément en place,
qui ouvre alors, d'une part, les portes de la compréhension
des symboles et des archétypes (ce dont s'occupe la psychologie des profondeurs),
et d'autre part celle de la compréhension directe des différents niveaux de significations
qui peuvent s'interpénétrer dans un rêve lucide.
Une ouverture aux richesses archétypales peut se produire.

Le rêve lucide n'est alors plus seulement une possibilité pour un moi conscient et rêvant
ayant acquis une sorte de capacité magique de créer de toutes pièces un monde,
mais il est aussi ouverture sur une dimension transpersonnelle
de certaines expériences mystiques.


Bien entendu, il s'agit là de "grands rêves", ceux-là même qui peuvent imprimer
à une existence humaine un renouveau profond
 par l'accès à des dimensions de l'esprit absolument insoupçonnées
dans l'état de conscience ordinaire.

A un niveau "moins transpersonnel" toutefois, le rêve lucide offre des possibilités
de compréhension et d'unification sur un plan purement psychologique,
ainsi que des possibilités d'expérimentations, de jouissance pure,
d'explorations prodigieuses appartenant au domaine d'un libre déploiement
 d'un imaginaire ayant acquis pureté et intensité
qui peut se manifester jusque dans l'état de veille (par exemple par l'oeuvre d'art).

Ne serait-ce que pour ces deux possibilités, le rêve lucide mérite considération.
Le rêve lucide ouvre sur un infini intérieur qui invite
la reconnaissance du miracle infini de la conscience
que nous sommes tout le temps et depuis toujours...  
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