mardi 9 janvier 2018

Le symbole du masque

 Mardi 9 janvier 2018
 
"Persona" en latin signifie masque, nous en avons gardé le mot "personne" pour dire soit qu'il n'y pas de gens, soit désigner un individu de sexe indifférencié.
 

 
Le masque, l'objet, cache ou révèle.
Il a été très tôt utilisé dans le cadre de rituels ou de fêtes.
 
Trois sortes de masques se distinguent:
le masque de théâtre en adéquation au caractère du personnage;
 le masque carnavalesque qui donne une caricature drolatique ou effrayante
 des hommes, des dieux ou des démons;
le masque funéraire pour statufier le mort dans ses plus belles heures de vie
et favoriser sa réintégration dans l'au-delà. 

 


Les danses du masque, que l'on peut voir ici ou là, lors de spectacles de danses africaines traditionnelles, sont normalement censurées dans le pays d'origine car elles sont réservées à des cérémonies très particulières: hommage à un défunt, une fête spécifique dans un village pour le libérer de cataclysmes,… Les danseurs dignes de ce nom savent que "sortir" le masque, c'est prendre des risques, pour eux, et pour les participants passifs, les spectateurs.

Le masque n'est jamais neutre, il a le pouvoir de cristalliser le négatif, du passé, du présent, et du futur, pour le renvoyer au loin, tout en aspirant les énergies positives au profit de ceux qui ont fait appel à lui.
L'utiliser, malgré les interdits traditionnels ou porté par un non-initié, prédispose le danseur à affronter de graves difficultés dans sa vie personnelle, maladie, revers de fortune, décès,… car n'ayant pas la maîtrise des puissances contradictoires contenues dans le masque, il endosse de lourdes responsabilités.
 Pareillement pour le spectateur, victime de l'inconscience du danseur pseudo-initié, il peut être imprégné à son insu de ces énergies bouleversantes et connaître de puissants chamboulements de vie, sans comprendre ce qui lui arrive.

Si le masque extériorise un trait de caractère attribué à homme, un dieu, un démon ou même un animal, il se charge de fait d'énergies spirituelles puissantes. Il est donc essentiel que celui qui le porte ait acquis un haut degré dans la connaissance ésotérique ou initiatique et qu'il soit maître de ces énergies.

Le masque a la double faculté de cacher, de neutraliser les traits, la nature profonde de celui qui le porte, et d'exposer les tendances archétypales des êtres de puissance supérieure. Qui dit archétype dit grossissement, pour que l'inconscient humain soit bien imprégné de la leçon qu'il doit retenir. C'est pourquoi on reconnaît volontiers une force surnaturelle au masque, une vie énergétique, bénéfique ou maléfique.



 Dans les confréries occidentales ou sociétés initiatiques, parvenus au 3e degré du parcours initiatique, les membres portent un masque, plus exactement un loup. L'objectif est, ceci dit en simplifiant, à la fois pour annuler les expressions du visage qui trahissent toujours la pensée et favoriser la concentration intérieure, favoriser le travail de différenciation de ses pensées-émotions, préjugés-instincts.

Enfin, dans un autre registre, le voleur, celui qui fait peur, qui rôde autour des maisons ou des banques pour mieux les vider, incognito, est toujours masqué.
Cette autre utilisation du masque renvoie à son interprétation générale, le mensonge et la peur. La peur de l'invisible, de l'inconnu, des instincts, des passions, des forces et des puissances non contrôlables par la raison, peur des démons intérieurs, … et peur de la vérité.


En songe, la caricature reconnue dans le masque est évidemment très importante. Le masque d'un homme politique, le masque de Cendrillon, orientent l'interprétation dans un sens assez différent que celui de la sorcière.
L'absence de netteté des traits du visage, un personnage masqué par une cagoule ou un bas :
On cache soit quelque chose, soit quelqu'un. Craint-on que l'on découvre quelque chose sur soi ou que l'on a commis ?

        Par extrapolation, cacher dénonce la crainte du regard d'autrui, du jugement.

 Reste à étudier les circonstances où les masques sont apparus: spectacle, carnaval, rituels, bal masqué, …




Voir un masque : Attention ! Mise en garde sur des manipulations possibles et certaines. Piège et traquenards. Les apparences, mêmes joyeuses, peuvent être trompeuses... On a à faire la part des choses entre l'Être et le Paraître.

Un masque sur un Autre : Qui se cache derrière le masque ? La suggestion sur la distinction entre Être et Paraître est plus claire et plus forte que précédemment On doit se tenir sur ses gardes, rester sur la défensive et éviter toute confidence. Quand on a pensé à quelqu'un de précis, on peut pousser investigations de son côté. 


        Comme dans le cas de la marionnette, le masque sur un Autre montre que l'on croit en la bonne foi d'autrui alors qu'il n'y a que supercherie.

Porter soi-même un masque : Bon signe qui dit que l'on sait s'adapter à tous les milieux mais avec un gros risque de fatigue générale. A force de jouer, de ruser, on va se lasser et s'épuiser. Est-ce la goutte d'eau qui va faire déborder le vase?




        Dans un autre genre, le masque sur soi peut exprimer son besoin irrépressible de se montrer tel que l'on est et de se faire accepter. On en finit avec la représentation pour plaire aux autres.

Masque de carnaval :  Utilisé dans la période de grâce où les hommes peuvent se prendre pour des dieux et donner libre cours à leurs penchants, leurs instincts ou leurs enthousiasmes, il évoque la fête. Oui, mais la vigilance est de rigueur, car il est néfaste pour les affaires, les paroles données, les choses sérieuses de la vie.

Masque funéraire : Peut-être un indice sur un trait essentiel de caractère que l'on souhaite avoir ou que l'on souhaite  montrer pour mieux se faire comprendre des autres. Ou bien, peut-être un indice sur un trait de sa personnalité qui est gênant pour son évolution et qui va disparaître. A recadrer avec l'ensemble.

  Un bal masqué, costumé : On entre dans une phase de faux semblants, de tromperies, surtout amicales et sentimentales.

        Quand un personnage s'est nettement démarqué : On s'appuie sur les autres détails du scénario pour affiner l'interprétation. Qui se cache derrière le masque? Quel masque a-t-il choisi? Quelles sont ses intentions? Quel rôle joue-t-il?… Quelles sont les couleurs dominantes ?…
 


Un loup"L'homme deviendra un loup pour l'homme"… Est-ce pour cette raison que les sociétés initiatiques occidentales ont choisi de porter le loup au cours de leurs cérémonies? Possible mais c'est une raison parmi d'autres. Dans ce contexte, le loup rappelle que l'homme, parvenu au stade de son évolution la plus élaborée, ou jugée comme telle, c'est-à-dire en pleine possession de ses facultés raisonnantes, et en ayant développé autant son intellect que ses valeurs morales et aimantes et qui font de lui un être pensant et civilisé, peut se laisser dominer par ses instincts archaïques et se retrouver en proie à des pulsions viscérales occultées et oubliées, en une fraction de seconde.

Le masque appelé loup demande de se défier de ses réactions pulsionnelles et primitives, de se défier de son appréciation courante de son propre comportement. Des relents de sauvagerie peuvent nous trahir, quand on le porte.

L'apparence du sage, l'apparence de celui qui sait, l'apparence de la maîtrise et du contrôle, risque d'éclater, d'exploser ou d'imploser, pour laisser place à des pulsions débridées et des réactions pour le moins étonnantes.  

 Ce masque revêt aussi une signification plus anodine et veut simplement dire "méfiance, réfléchis, ne t'engage pas trop rapidement". Il peut également encourager à un travail d'intériorité quand on a tendance à ressasser des ressentiments ou des haines anciennes. 
 
 


 
Un Autre qui se cache derrière un masque : Trahisons, vols, escroqueries, tourments, duplicité dans le comportement, les actes et les paroles. Il est préférable de se préparer à anticiper des événements désagréables et se garder des faux-semblants.

C'est aussi l'occasion de travailler sur ce que l'on veut montrer aux autres de soi au regard de ce que l'on montre aujourd'hui.
 
 

 

Le masque, qui est un visage artificiel, est présent dans l’histoire des hommes depuis la préhistoire. Son usage a été et est toujours universel.


Pourquoi ?

Certaines situations empêchent l’homme de s’exprimer pleinement et complètement dans un langage direct. Le masque peut alors les aider.
 On peut dès lors considérer le masque comme un objet intermédiaire entre soi et le monde.

Le masque a servi dans différentes cultures à adorer les dieux, à guérir, à initier, à sauvegarder l’autorité et les coutumes, mais aussi à échapper à cette autorité.

On le retrouve dans la mythologie, le théâtre, les contes. Ils expriment bon nombre d’émotions l’amour, la peur, la mort, la colère, la joie, la folie…

Placé entre soi et le monde, le masque a une nature double, puisqu’il est tourné vers l’intérieur et l’extérieur en même temps. Il déguise, cache, recouvre, protège, ment, libère, illusionne, transforme, effraye, déconcerte, révèle …

Mais le masque peut aussi être identifié aux personnages et rôles que nous incarnons, avec lesquels nous entrons dans le monde réel et ces rôles servent à nous identifier.
Ex : l’épouse, l’artiste, le fils, le médecin, le professeur, le politicien …

Ces « masques » se dressent entre notre subjectivité et la communauté, l’autorité collective a une influence considérable sur eux.

Dans certains domaines, on peut parler de « mascarade » (ex : le monde des stars) de ce qui est montré et/ou caché, de ce qui est soumis à la pression sociale et aux conformismes.
Se conformer complètement à ce type de masque peut entraîner la perte de l’individuation, une sorte d’aliénation.
Mais d’un autre côté, l’absence complète de ce type de masque à incarner peut provoquer une extrême fragilité et des problèmes dans le développement psychologique des individus.


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Le masque est la face divine telle que la voit l'imaginaire. Son usage remonte au paléolithique et ne s'est pas essoufflé.
Quintessence, à sa manière, de l'expression psychologique, le masque a la charge de représenter les "drames de la vie" humaine dans toute leur multiplicité, et plus singulièrement la quête fascinante et ambiguë, parfois révélatrice, souvent semée d'embûches, vers le "Soi" véritable - caché derrière les images familières que nous lui assignons.
 
A mesure qu'il plonge dans ses ténèbres, celui qui le porte devient l'archétype évoqué par le masque : ces représentations archétypales immuables viennent alors irriguer le présent du sujet et tenir lieu de modèles à son existence sociale et psychologique.
 
(...)
 
Il y a également quelque chose d'angoissant à être identifié avec la "persona" de nos rôles tribaux" contemporains - les masques à travers lesquels nous entrons et vivons dans le monde réel, en tant qu'"épouse", "médecin", "artiste" ou "mère".
 
Ces masques se dressent aussi entre la subjectivité et la communauté : l'autorité collective a sur eux une indéniable influence. Dans le même temps, ils reflètent la tendance sous-jacente (et archétypale) à l'adaptation et au jeu collectif, par l'incarnation des "dieux".
 
Le réaliser, autrement dit prendre conscience des masques et des identifications dont on s'est affublé, de la vivante "mascarade", de ce qui est caché et de ce qui est dévoilé, de ce qui est soumis à la pression excessive de la conformité et de ce qui émerge avec authenticité, fait partie du travail d'individuation.
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"Le livre des symboles"
Réflexions sur des images archétypales
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